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À la recherche du temps perdu/Le moment où le vêtement commence à exister

  • Photo du rédacteur: Hamanaka Akiko
    Hamanaka Akiko
  • 5 mars
  • 2 min de lecture

Dernière mise à jour : 15 mars

Au moment où la frontière se ferme, l’existence commence.

 Un vêtement ne naît pas au moment où il est coupé.Ni au moment où il est cousu.Même lorsqu’il prend forme, il n’existe pas encore pleinement.

Un vêtement commence à exister au moment où il devient capable de mouvement.

Dans la couture japonaise traditionnelle, l’un des processus qui détermine cette frontière est le fuki.Le tissu extérieur et la doublure sont réunis, et l’aiguille avance tandis que le bord est ajusté avec précision.


Ce qui se produit ici n’est pas une simple finition.C’est l’acte par lequel deux couches acceptent leur position mutuelle et établissent la frontière du vêtement.

Par ce processus, le mouvement du vêtement est déterminé.

L’aiguille traverse le tissu, mais ne le détruit pas.Le fil de soie fixe le tissu, mais ne le contraint pas.Tout est fait avec l’hypothèse qu’un jour, cela pourra être défait.

La réversibilité est toujours présente dans la couture japonaise.Ainsi, ce moment n’est pas une fin, mais le début de l’existence.


Aujourd’hui, la soie étirée est rarement utilisée dans ce processus.Des matériaux industriels uniformes se sont généralisés, et l’efficacité est devenue prioritaire.Cependant, seule la soie étirée possède cette irrégularité, cette capacité à contenir l’air et à répondre au mouvement.

Elle soutient silencieusement la frontière du vêtement.

Ce vêtement nécessitait cette structure.C’est pour cette raison que la soie étirée a été choisie.


La soie étirée est créée en ouvrant chaque cocon à la main et en l’étendant en une couche continue.Elle est étirée en fines bandes et placée uniformément à l’intérieur de l’ourlet.

La soie étirée contient de l’air. Elle respire.Elle soutient le poids sans jamais résister au mouvement.

Lorsque le vêtement bouge, l’ourlet répond avec un léger retard.Cette différence infime produit le contour.

Lorsque le vêtement se retourne, l’intérieur apparaît un instant, puis disparaît à nouveau.Ce mouvement est gouverné par la couche invisible à l’intérieur.

Maintenant, un vêtement approche ce moment.L’aiguille avance, et la frontière se ferme silencieusement.


Ce n’est pas une fin.C’est un commencement.

Ce vêtement possède déjà une destination.Il n’est pas destiné à un public indéfini.Sa structure a été préparée pour une seule présence.

Depuis plus de mille ans, la couture japonaise n’a pas changé cette méthode.Ce n’est pas pour préserver le passé.

C’est parce qu’elle est faite avec la certitude qu’un jour, elle sera ouverte à nouveau.

Une frontière fermée n’est pas fermée pour toujours.Elle reste là, silencieuse, jusqu’au prochain moment de mouvement.

Et à cet instant, le vêtement commence à exister.


Processus de couture japonaise insérant de la soie étirée dans l’ourlet pour définir la structure du vêtement
Au moment où la frontière se ferme, l’existence commence.


On ne porte pas forcément un kimono.


Mais on peut porter l'art du Wasai.



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